Rapport Fintech 2020

Extrait du rapport.

Rapport produit par : Pierre-Alexis de Vauplane, Jean-Baptiste Bernard, Edouard Roblot sous la direction de :Jean Rognetta, délégué général de CroissancePlus et de PMEfinance  avec le soutien et la collaboration du cabinet Kramer-Levin

L’innovation s’incarne à travers Blockchain, une technologie qui sert actuellement de support au bitcoin, et à travers l’ensemble des protocoles décentralisés de vérification des échanges. Ces nouvelles Fintech ne se réduisent pas au secteur bancaire puisqu’elles s’attaquent à des secteurs très variés comme la preuve de l’existence, la protection des données privées ou même le vote des citoyens.

Les nouvelles technologies de la finance (« Fintech ») marquent avant tout une nouvelle étape de la désintermédiation bancaire. Alors que, jusqu’ici, celle-ci s’est faite sur les produits (cartes de crédit, puis marchés obligataires permettant de contourner le produit bancaire mais pas le banquier), elle s’attaque désormais aux métiers. Les Fintech prétendent remplir la même fonction que le banquier : assurer la sécurité d’un système de paiement, prêter de l’argent à partir de dépôts d’investisseurs, etc. – mais différemment. Aujourd’hui, la différence la plus évidente se réduit à la relation avec le client. Elle réside en effet dans une « expérience client » mieux réussie, grâce aux nouvelles technologies, notamment le Big Data, et aux nouveaux moyens de communication. Pour l’essentiel, et pour l’instant, les Fintech restent sur des niches réservées aux clients exclus des banques, aux geeks ou à des besoins très spécifiques non couverts par le système bancaire.

A quelques (rares) exceptions près, les banques françaises ont tardé dans l’adoption de ces nouvelles technologies, en arguant de raison de sécurité, du besoin de rencontrer les clients avant de signer un emprunt, etc. Ce faisant, elles ont confondu les besoins nécessaires à la satisfaction de leurs clients et les habitudes qu’elles avaient prises au fur et à mesure de leur organisation. Les Fintech représentent donc une menace concurrentielle avec laquelle elles devront composer.

Jusque-là, l’Etat n’aurait guère à s’en soucier. Néanmoins, la deuxième génération de Fintech aura des conséquences immenses pour les banques, le système financier et l’économie tout entière. Elle s’incarne à travers Blockchain, une technologie qui sert actuellement de support au bitcoin, et à travers l’ensemble des protocoles décentralisés de vérification des échanges. Ces nouvelles Fintech ne se réduisent pas au secteur bancaire puisqu’elles s’attaquent à des secteurs très variés comme la preuve de l’existence, la protection des données privées ou même le vote des citoyens.

Le premier champ de bataille se situe dans le paiement, car cette technologie est capable de réduire drastiquement les coûts de transaction en créant un système alternatif de transaction. Cela concerne potentiellement chaque entreprise, et chaque Etat, qui se trouve menacé dans l’un des piliers de sa souveraineté : battre monnaie et régir la confiance de ses sujets/citoyens.

Le potentiel de Blockchain est comparable à celui d’un autre protocole, TCP-IP. La France, attachée au Minitel, a raté le virage Internet dans les années 1990. Il convient, cette fois, de surfer la vague plutôt que de l’attendre. Le présent rapport préconise plusieurs propositions pour permettre à la France et l’Europe de transformer une menace en avantage concurrentiel.

Le rapport est ici :

Rapport-Fintech-2020-reprendre-linitiative-27OCT15-V3

La loi et la Blockchain (privée et publique)

Extrait du très bon article de Hubert de Vauplane dans le blog de Alternatives Economiques 

 

Blockchain privée et publique

La question de la blockchain privée ou publique n’est pas récente. Mais le débat est renouvelé depuis que les institutions financières voire les banques centrales s’intéressent à la technologie de la blockchain dans la mesure où ces dernières expérimentent des applications purement privées. De quoi s’agit-il ? Une blockchain publique (c’est-à-dire un registre – ledger – ouvert à tous) se caractérise par son ouverture totale et décentralisée : tout le monde peut y accéder et effectuer des transactions et tout le monde peut participer au processus de consensus. Il n’y a donc pas de tiers de confiance. C’est le modèle le plus connu, celui qui est à l’origine de la technologie et utilisé par le bitcoin, et qui répond à une approche communautaire, voire alternative, de l’économie.

C’est le seul modèle reconnu par les puristes. À côté de ce modèle, il existe aussi ce que l’on appelle la blockchain de consortium, où le processus de consensus est contrôlé par un ensemble présélectionné de nœuds ; par exemple, on pourrait imaginer un consortium de 15 institutions financières, dont chacune opère un nœud et dont 10 doivent signer chaque bloc pour que le bloc soit valide (comme le prévoit le projet R3 entre plusieurs grandes banques internationales). L’accès à cette blockchain peut être public ou restreint aux participants selon un processus de cooptation. Ces blockchains peuvent être considérées comme « partiellement décentralisées ». Enfin, il y a les blockchains totalement privées, où l’accès d’écriture est délivré par une organisation centralisée, mais où les autorisations de lecture peuvent être publiques ou restreintes. Il s’agit typiquement de l’utilisation à laquelle travaillent certains organismes de règlement/livraison ou certaines banques centrales pour les opérations de règlement de devises en monnaie banque centrale.

La gouvernance de la blockchain

Les règles de fonctionnement de la blockchain dépendent de son degré d’ouverture : plus la chaîne est ouverte, moins il y a de gouvernance, et inversement. Ainsi, dans une blockchain privée, comme celle qui sous-tendrait un système de règlement/livraison ou un registre de cadastre, la gouvernance est régie par l’institution qui gère la chaîne : sont ainsi déterminés dans des règlements, les conditions d’accès, le fonctionnement, la sécurité et le mécanisme de reconnaissance légale des transactions. Inversement, dans la blockchain publique où l’accès est totalement libre, il n’existe pas d’autres règles de fonctionnement que la technologie elle-même (selon l’expression,  » Code is Law »du juriste américain Lawrence Lessing).